Posted on ven, 13 Fév 2026, 09:05
Fèves de cacao préparées dans une installation artisanale de transformation à Caballococha (Pérou). Le cacao est l’une des cultures touchées par Rhizoctonia theobromae, un organisme nuisible en expansion au niveau mondial. © FAO/Camilo Beltran Montoy
Les organismes nuisibles ne connaissent pas les frontières. Ces dernières années, un nombre croissant d’entre eux ont commencé à se disséminer plus rapidement et plus loin, affectant les cultures, les écosystèmes et les moyens de subsistance dans différentes régions et présentant, dans certains cas, des risques de portée mondiale. Souvent, lorsqu’un nouvel organisme nuisible est reconnu comme une menace grave dans un pays, il est déjà présent ailleurs.
Pour répondre à ce défi, les pays, par l’intermédiaire de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), ont établi le Système d’alerte et d’intervention en cas d’apparition de foyers d’organismes nuisibles (SAIFON), ce qui a permis de renforcer les alertes précoces et les actions coordonnées contre les organismes nuisibles d’apparition récente et de portée mondiale.
Selon Panagiota Mylona, Présidente du Groupe directeur chargé du SAIFON et responsable des politiques à la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne (DG SANTÉ), le SAIFON a été créé pour identifier les organismes nuisibles réellement «en progression» et dont la dissémination et les effets pourraient s’étendre au-delà d’un pays ou d’une région.
«Le SAIFON a été conçu comme un système d’alerte précoce à l’usage des organisations nationales de la protection des végétaux. Il propose des moyens d’intervention plus rapides et mieux coordonnés face aux organismes nuisibles d’apparition récente identifiés comme présentant un intérêt mondial», a-t-elle déclaré. Il se concentre sur une question essentielle: quels organismes nuisibles d’apparition récente nécessitent réellement une attention mondiale précoce et coordonnée? Tous les organismes nuisibles ne remplissent pas ces critères. Le SAIFON applique donc une évaluation structurée et fondée sur des éléments probants afin de distinguer les menaces mondiales émergentes des organismes nuisibles qui, bien que graves, peuvent être mieux traités par les mécanismes existants.
Enseignements des évaluations de 2025
D’après Mme Mylona, les réponses au premier appel du SAIFON concernant les organismes nuisibles d’apparition récente en 2025 ont démontré l’intérêt et l’engagement des pays. Le nombre élevé de propositions d’organismes nuisibles et les réponses rapides et constructives apportées par les organisations nationales de la protection des végétaux (ONPV) durant le processus d’évaluation ont mis en évidence une demande manifeste pour ce type de coordination mondiale. Plusieurs organismes nuisibles d’apparition récente et de portée mondiale ont été identifiés. Certains sont présents depuis un certain temps déjà, et plusieurs organisations nationales de la protection des végétaux (ONPV) disposent de ressources techniques pouvant être utiles à d’autres ONPV. Mais la dissémination de certains organismes nuisibles, comme Lycorma delicatula, Orobanche cumana et Rhizoctonia theobromae , constitue une évolution plus récente et préoccupante. |
![]() Panagiota Mylona, Présidente du Groupe directeur sur le SAIFON et responsable des politiques à la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne (DG SANTÉ), Photo fournie gracieusement. |
Dans de tels cas, l’alerte précoce devient essentielle. Le SAIFON appuie cette démarche par la diffusion des alertes phytosanitaires de la CIPV, qui traduisent les résultats de la veille prospective et les rapports officiels en informations rapidement exploitables par les pays. Les ONPV sont encouragées à surveiller ces alertes et à les intégrer dans leur système de surveillance nationale ainsi que dans les stratégies d’atténuation des organismes nuisibles.
Il a été signalé que Rhizoctonia theobromae – un agent pathogène fongique – affecte de nouvelles cultures telles que le manioc, en plus de celles déjà connues comme le cacao. Les données disponibles suggèrent également un déplacement intercontinental, de l’Asie vers les Amériques. Mme Mylona souligne l’importance d’agir rapidement, pendant que les données continuent d’être rassemblées.

© FAO/Meraz Parker-Potoi
Moins d’un an après sa désignation, au cours de la phase pilote du SAIFON, le premier Groupe de travail d’experts sur le SAIFON a été constitué avec des spécialistes de premier plan venus du monde entier. Ces premières avancées montrent comment le système commence à transformer l’identification en appui concret.
Le cas d’Orobanche cumana, ou orobanche du tournesol, est un autre bon exemple où les données récoltées ont permis d’effectuer rapidement une évaluation. L’impact de cette plante parasite sur la culture du tournesol est bien documenté. Les observations récentes dans les Amériques ont clairement mis en évidence son déplacement intercontinental depuis son aire d’origine en Asie jusqu’en Amérique du Sud. En outre, compte tenu de sa capacité de dispersion et de mutagenèse, de nouveaux éléments attestent d’une réémergence dans des zones où elle avait déjà été signalée.
Parfois, l’incertitude rend l’évaluation difficile. Pour certaines évaluations d’organismes nuisibles, il manque des éléments récents attestant d’une dissémination active. Dans d’autres cas, les filières d’introduction autres que la dissémination naturelle demeurent incertaines, ou l’impact potentiel dans de nouvelles zones ne peut être évalué avec certitude.
Une approche transparente et structurée
En tant que Présidente du Groupe directeur chargé du SAIFON, Mme Mylona a supervisé la mise en place et l’application d’un cadre d’évaluation en trois étapes clairement défini afin d’assurer la transparence et la comparabilité entre les évaluations.
Dans un premier temps, le SAIFON examine la répartition et la dissémination. Des éléments probants doivent attester que l’organisme nuisible s’est récemment disséminé au-delà de l’échelon local, par exemple en atteignant de nouveaux pays ou des régions éloignées, tout en conservant une distribution limitée dans les zones où il pourrait s’établir. Cela garantit que le SAIFON se concentre sur des organismes nuisibles qui sont à la fois «en progression» et encore susceptibles de faire l’objet d’une action précoce.
Dans un deuxième temps, le SAIFON évalue les impacts actuels. L’évaluation détermine si l’organisme nuisible a déjà des conséquences économiques ou environnementales importantes, notamment des pertes directes, le coût lié à la lutte, les conséquences sur le plan commercial ou la perturbation des écosystèmes. Au moins un de ces critères d’impact doit être rempli pour que l’évaluation puisse avoir lieu.
Enfin, le SAIFON évalue le risque futur en analysant la probabilité d’une nouvelle dissémination, l’ampleur potentielle de l’impact dans de nouvelles zones et les difficultés de gestion si l’organisme nuisible parvenait à s’établir. Cette analyse prend en compte les filières d’introduction, la répartition des hôtes et la disponibilité de mesures de lutte efficaces. Ces trois étapes garantissent que le SAIFON demeure sélectif et qu’il s’appuie sur des données probantes, en se concentrant sur les apparitions de foyers d’organismes nuisibles pour lesquelles une attention mondiale précoce et coordonnée peut avoir un réel impact.
«Le SAIFON n’a pas vocation à remettre en cause l’importance d’organismes nuisibles critiques aux niveaux national ou régional, ni à entraver inutilement le commerce. Il vise à obtenir des données probantes et à assurer une coordination précoce», souligne la Présidente du Groupe directeur.
Bâtir un système solide et encourager la participation
L’actuel Groupe directeur chargé du SAIFON a été établi en mars 2023 pour une période initiale de deux ans afin de concevoir, tester et rendre opérationnel le SAIFON. Les progrès réalisés au cours de cette première phase, qui touche à sa fin, servent de base à l’étape suivante de développement du SAIFON. Un nouveau Groupe directeur sera constitué pour poursuivre ces travaux au cours des trois prochaines années, en renforçant encore la capacité du système à aider les pays à faire face aux nouveaux risques liés aux organismes nuisibles. À ce titre, le Secrétariat de la CIPV a publié un appel à experts (date limite: 15 février 2026) pour rejoindre le Groupe directeur chargé du SAIFON.
Prochaines étapes
Le SAIFON continuera de consolider son rôle en tant que mécanisme fiable permettant d’identifier des organismes nuisibles préoccupants à l’échelle mondiale, de suivre leur progression dans le monde et d’apporter un appui en temps utile aux ONPV, afin de renforcer la prévention et la préparation ainsi que les interventions face aux apparitions de foyers.
En outre, le renforcement des réseaux et de la collaboration entre les organisations nationales et régionales de la protection des végétaux permettra aux pays de partager des données probantes et d’aligner leurs approches en vue d’assurer une intervention rapide. «Les situations d’urgence peuvent survenir à tout moment. Nous avons besoin de personnes réactives, qui facilitent la coopération entre régions et qui soient capables d’affiner les méthodes de travail à mesure que nous tirons des enseignements de la mise en œuvre», a déclaré Mme Mylona.
Elle encourage les experts du monde entier à répondre à cet appel et à contribuer aux travaux du Groupe directeur. «Nous avons besoin de membres flexibles et dévoués, disposés à travailler au niveau interrégional, à agir rapidement et à rester ouverts à l’apprentissage de nouveaux outils tout en s’appuyant sur ceux existants, afin de soutenir un système solide capable de répondre aux situations d’urgence», a-t-elle souligné.
Les informations générées dans le cadre du SAIFON, notamment les résultats des évaluations d’organismes d’apparition récente, les critères et les alertes publiées, sont mises à disposition sur des pages consacrées au SAIFON sur le site web de la CIPV. Le signalement officiel des organismes nuisibles, l’une des obligations nationales de communication (ONC), est fondamental pour le SAIFON, car il fournit des informations validées par les pays. Des informations complémentaires sur les ONC sont disponibles sur la page du Campus de la CIPV sur la santé végétale.