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De la vulnérabilité à la résilience alimentaire: renforcer la surveillance des organismes nuisibles pour améliorer l'agriculture en Sierra Leone

Posted on mer, 17 Déc 2025, 08:57

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Participants, formateurs et responsables du Bureau de la FAO en Sierra Leone, du Ministère de l’agriculture, de l’ONPV et du Secrétariat de la CIPV, lors de l’atelier organisé dans le district de Bo (Sierra Leone) © FAO/Anita Tibasaaga

Par un après-midi accablant, dans le village de Sumbuya, chefferie de Kakua, district de Bo, trois ouvriers agricoles – Mamie Squire, Mohamed Yambasu et Morie Lavai – se tiennent au cœur d’une vaste plantation de cajou de 400 ha. Ils assistent à une présentation effectuée par 40 spécialistes phytosanitaires et fonctionnaires chargés des cultures et de la protection des cultures du Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire de la Sierra Leone, de l’Université de Njala et de l’Institut de recherche agricole de la Sierra Leone, venus expliquer comment utiliser des outils numériques et géospatiaux de surveillance d’organismes nuisibles comme le ciseleur des branches d'anacardiers (Diastocera trifasciata), qui constitue une menace pour des cultures importantes sur le plan économique telles que la noix de cajou.

Le longicorne fascié ronge les tiges des arbres, interrompant la circulation de l’eau et des nutriments et provoquant la chute des branches. En Sierra Leone, les organismes nuisibles comme le ciseleur des branches d'anacardiers constituent une menace nationale, mettant en péril la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance de centaines d’agriculteurs et le potentiel du pays en tant que grand transformateur et exportateur de noix de cajou. D'après le Rapport annuel d’enquête agricole de la Sierra Leone, les apparitions de foyers d’organismes nuisibles et de maladies des cultures sont les principaux chocs subis par les agriculteurs et détruisent près de 65 pour cent des récoltes. Et si la menace n’est pas traitée de manière adéquate, les enjeux peuvent être encore plus importants.

Enrayer les menaces à la source

Déterminée à passer de la vulnérabilité à la résilience et à la durabilité, la Sierra Leone, par l’intermédiaire de l’Unité de la protection des cultures du Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, mise sur l’innovation agricole grâce au Programme phytosanitaire pour l’Afrique (PPA), une initiative de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). Grâce à l’utilisation d’outils numériques et géospatiaux de pointe, le pays passe d’une gestion réactive des organismes nuisibles, historiquement très coûteuse, à une approche fondée sur la prévention, la collecte de données en temps utile et l’intervention rapide face aux apparitions de foyers. Une lueur d’espoir pour des travailleurs agricoles tels que Squire, Yambasu et Lavai.

«Nous voulons garantir notre capacité à nous nourrir nous-mêmes. Nous voulons prévenir la faim et la malnutrition. La collecte de données sur la présence d’organismes nuisibles est essentielle pour atteindre notre objectif», a déclaré Henry Sahr Hemore, deuxième Vice-Ministre de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Il a rappelé que le recours à des données fiables est un élément clé de la transformation agricole dans le cadre de programmes nationaux tels que Feed Salone.

M. Hemore s’est exprimé lors d’un atelier de formation au cours duquel 40 spécialistes phytosanitaires et fonctionnaires chargés des cultures et de la protection des cultures ont appris à utiliser la suite d’outils numériques de pointe de surveillance des organismes nuisibles proposés par le PPA. L’atelier a été organisé par l’Unité de la protection des cultures – l’organisation nationale de la protection des végétaux (ONPV) – et le Secrétariat de la CIPV, avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Les participants ont reçu une formation pratique couvrant l’identification et le diagnostic des organismes nuisibles, le piégeage et la saisie de données en temps réel au moyen de la Plateforme SIG du PPA, un portail en ligne dédié au stockage et à la consultation des données de terrain. Ils ont également reçu des tablettes de dernière génération qui leur permettent de réaliser un suivi plus précis et d’atténuer rapidement les menaces liées aux organismes nuisibles dans les 16 districts agricoles du pays.

La formation a été assurée par des experts et des chercheurs en santé végétale formés lors du premier atelier de formation de formateurs organisé en 2023 dans le cadre du PPA, en vue de constituer un réseau de fonctionnaires phytosanitaires capables d'intervenir sur tout le continent. Dans un message prononcé en son nom, Enrico Perotti, Secrétaire de la CIPV, a appelé les autorités nationales et les parties prenantes à s’approprier le PPA, à investir dans le renforcement des capacités nationales et à allouer des ressources pour consolider la surveillance. «Ces mesures sont essentielles pour favoriser de meilleures perspectives commerciales, assurer la sécurité alimentaire et préserver la durabilité environnementale», a-t-il expliqué.

Améliorer le respect des exigences phytosanitaires, la sécurité alimentaire et le commerce

Grâce au PPA, la Sierra Leone accorde la priorité à la surveillance de cinq organismes nuisibles qui ont d'importantes répercussions: Bactrocera zonata (mouches des fruits), le virus de la mosaïque africaine du manioc, le ciseleur des branches d'anacardiers, Fusarium oxysporum f.sp. cubense, et le miride du cacao. Les outils géospatiaux polyvalents du PPA permettent également aux inspecteurs de surveiller et de suivre d’autres menaces, comme la chenille légionnaire d’automne et le virus de la marbrure du piment. Le renforcement des capacités de surveillance des organismes nuisibles et de collecte des données permettra de:

  1. renforcer le respect des normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMP), notamment la NIMP n° 6 relative à la surveillance;

  2. réduire les coûts liés aux interventions d’urgence contre les organismes nuisibles grâce à l’alerte précoce;

  3. renforcer l’accès aux marchés internationaux et la confiance commerciale grâce à des données vérifiables attestant une production exempte d’organismes nuisibles; et

  4. accroître les rendements des cultures et réduire la facture des importations.

Témoignages du terrain

Nous prenons le PPA et cette formation très au sérieux. À l’issue de la formation, les inspecteurs assureront la mise en œuvre ainsi que la collecte et l’analyse régulières des données», a déclaré Alie Mansaray, chef de l’ONPV de la Sierra Leone.

«Auparavant, le suivi et l’identification des organismes nuisibles reposaient sur des méthodes beaucoup plus contraignantes. Mais désormais, l’utilisation d’outils numériques facilitera la surveillance. Lorsque la chenille légionnaire d’automne est apparue, elle a causé d’importants dégâts et la production de maïs a été nulle cette année-là», a expliqué Edmond Saidu, Directeur par intérim des cultures.

«La CIPV renforce les capacités phytosanitaires limitées de la Sierra Leone. Le PPA contribuera à combler les lacunes en matière de données de surveillance. Et renforcer la surveillance permettra d'améliorer la détection précoce des organismes nuisibles. Plus ceux-ci seront identifiés tôt, plus il sera facile de les atténuer», a déclaré Alusaine Edward Samura, chef du Département de la protection des cultures à l’Université de Njala et formateur PPA.

«Autrefois, nous récoltions plus de 100 sacs de noix de cajou, mais le ciseleur des branches d'anacardiers a fait chuter les rendements. Si cette situation persiste, nous pourrions perdre nos emplois. Nous espérons que le renforcement de la surveillance des organismes nuisibles permettra de résoudre ce problème», a expliqué Mamie Squire, agricultrice.

«Nous cultivons beaucoup de manioc et de légumes, mais les organismes nuisibles compliquent leur exportation. En améliorant la surveillance et en utilisant les outils présentés lors de cette formation, nous pourrons détecter et prévenir plus efficacement les organismes nuisibles, garantissant ainsi l’exportation de produits de qualité», a expliqué Kadijatu Alice Koroma, spécialiste des cultures du district de Bo.

En s’appuyant sur la science et la technologie pour renforcer ses capacités nationales de prévention des organismes nuisibles, la Sierra Leone non seulement améliore ses compétences techniques, mais passe également de la vulnérabilité à la résilience. «Nous devons parvenir au stade où la faim sera éradiquée en Sierra Leone», a conclu M. Hemore.

Arop Deng (chapeau blanc), consultant pour le PPA, Secrétariat de la CIPV, et Raymonda Johnson (à droite), spécialiste de la protection des cultures et formatrice PPA en Sierra Leone, encadrent les participants lors de la démonstration sur le terrain © FAO/Anita TibasaagaDes ciseleurs des branches d'anacardiers s’attaquent à un anacardier © FAO/Anita Tibasaaga

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